mercredi, juin 29, 2005

Un fusil à 14 ans, vie de collégien dans le Sud américain

Le Temps - Eclairages:

Jerry a 15 ans. Il est d'une politesse travaillée. Il n'est pas encore un gradé du JROTC, mais espère un jour «être sergent». «Quand j'ai demandé à ma mère de rejoindre le programme, elle a tout de suite accepté. Même si c'est parfois difficile parce qu'on doit marcher des kilomètres et faire des pompes si on parle en classe, je ne regrette pas. Ce sera une bonne préparation pour quand je rejoindrai l'armée. J'aimerais aller en Irak. J'aimerais aller combattre là-bas les terroristes du 11 septembre. Oui, c'est Saddam Hussein qui est responsable des attentats de New York.» Un peu en retrait, la mère de Jerry acquiesce. En ce moment, elle attaque en justice son patron après avoir eu la moitié du corps brûlé par une fuite d'eau bouillante. «Grâce aux indemnités potentielles, j'aimerais beaucoup qu'on puisse refaire notre vie ailleurs. Qui voudrait finir ici?» Pour cette mère célibataire, le JROTC offre surtout l'assurance que son fils n'échouera pas dans un McDonalds à 7 dollars de l'heure. Jerry voudrait devenir avocat et le programme pourvoit des bourses pour des études secondaires. C'est d'ailleurs un de ses principaux arguments de vente, dans un pays où les universités de qualité coûtent plusieurs dizaines de milliers de dollars par année en frais d'écolage. Alors, dans les Etats du Sud les plus pauvres, greniers à recrues pour l'Amérique en guerre, le JROTC, antichambre de l'enrôlement militaire, est une promesse d'émancipation sociale.